29.4.08

Guigue

Ma faute ? Avoir heurté de plein fouet la doxa occidentale.

Dans les jours qui ont suivi mon 'limogeage', les éditorialistes Jean
Daniel, Bernard-Henri Lévy et quelques autres se sont empressés de me
prendre pour cible. Prenant courageusement le parti du pouvoir contre
un homme seul, ils ont caricaturé mes propos et stigmatisé ma
personne. Point commun de ces commentaires peu amènes ? Sous une
avalanche de procès d'intention, un pesant silence à propos des faits
que j'avais mentionnés dans ma tribune. Sans toujours réitérer
l'accusation grotesque d'antisémitisme proférée par Luc Rosenzweig,
ils insinuent que je me serais condamné moi-même par l'outrance de mes
propos.

Mais qu'en est-il, effectivement, des tirs de snipers israéliens sur
les enfants et de la pratique de la torture dans les prisons ? Rien.
Vrai ou faux ? À lire leur prose, nous n'en saurons pas plus. On
préfère évoquer à mon encontre « les protocoles des sages de Sion »,
comme l'a fait Pierre Assouline. À croire que la coalition de ceux qui
ne veulent pas savoir et de ceux qui ne veulent pas que l'on sache est
majoritaire. Et au lieu de réfuter mes affirmations de manière
factuelle, mes détracteurs préfèrent ainsi jeter l'anathème.

Mais, précisément, parlons plutôt des faits. Deux phrases
inlassablement reprises en boucle, tirées de leur contexte, en effet,
ont alimenté mon lynchage médiatique. « L'Etat d'Israël est le seul où
des snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles». Cette
affirmation visait à répliquer aux signataires d'une violente charge
contre l'Iran, pays où la peine de mort est cruellement appliquée. Une
phrase choquante ? Sans nul doute. Mais les tirs des soldats
israéliens contre des enfants, hélas, sont des faits avérés, évoqués
par le quotidien israélien Haaretz depuis 2000. Des tirs délibérés,
dont le journaliste britannique Chris MacGreal, pour l'hebdomadaire
The Guardian, a notamment fait le récit détaillé dans un article paru
le 29 juin 2005.

Une triste réalité dont Christophe Oberlin, professeur de chirurgie à
l'hôpital Bichat, a lui aussi publiquement témoigné au terme de
nombreuses missions médicales en Palestine. Il vient d'ailleurs
d'écrire au gouvernement une lettre où il lui demande si, lui aussi,
il sera limogé pour avoir confirmé mes dires. Livrée en pâture à
l'opinion comme une énormité, la phrase que j'ai écrite avait quelque
chose de monstrueux, en effet : elle était vraie. Et parce qu'elle
disait la vérité, elle heurtait le formidable déni de réalité qui
entoure, dans les médias dominants, la politique israélienne.

La deuxième phrase litigieuse est celle où j'évoque «les geôles
israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on interrompt la torture
durant le shabbat ». Choquant, là encore ? Le propos renvoyait à leur
propre contradiction ces fervents partisans de l'État d'Israël
qu'indigne, curieusement, l'inclination de certains pays à la défense
de la religion. Mais le fait mentionné, lui, ne fait pas l'ombre d'un
doute : il suffit de consulter le dossier établi par l'association
israélienne de défense des droits de l'homme Bet'Selem.

Lorsque la Cour suprême israélienne tenta de limiter l'usage de la
torture pratiquée sur les prisonniers palestiniens, en 1999, les
services secrets ont argué de l'urgence pour la justifier. Les
plaignants ont alors fait observer que du vendredi midi au samedi
soir, cette pratique était interrompue, ce qui relativisait
singulièrement l'argument de l'urgence.
Cette affaire est parfaitement résumée par Sylvain Cypel, ex-rédacteur
en chef du quotidien Le Monde, dans son livre « Les emmurés », paru
aux éditions La Découverte en 2005, p. 94, note 17. Chacun peut s'y
référer et vérifier la véracité de mes propos.

Reste un troisième grief, tout aussi paradoxal. Dans la tribune
violemment antionusienne dont je faisais la critique, les signataires
crurent bon de citer Goebbels, lequel invoquait face à la Société des
Nations le fameux adage : « charbonnier est maître chez soi ». Cette
citation visait la majorité des pays membres du Conseil des droits de
l'homme de l'ONU, dont le tort était d'avoir dénoncé la violation du
droit international par Israël. Les pays musulmans se voyaient ainsi
'nazifiés', purement et simplement, par les auteurs du pamphlet que je
passais au crible. « Analogie pour analogie », ai-je fait observer, il
y avait plutôt ressemblance entre le Reich qui s'asseyait sur la SDN
et l'Etat d'Israël qui bafouait l'ONU.

Mea culpa : j'avais oublié que les comparaisons les plus
désobligeantes, aux yeux de l'establishment hexagonal, sont interdites
à propos d'Israël mais vivement recommandées à l'égard des pays du «
Tiers Monde ». Mon principal tort, plus que d'avoir enfreint le devoir
de réserve, n'est-il pas d'avoir heurté de plein fouet la doxa
occidentale ? Après avoir mis en lumière le déni de réalité dont le
discours dominant entoure les exactions israéliennes, il faut croire
que c'en était trop. À mes dépens, j'ai fait la démonstration que la
frontière entre ce qu'il est licite de dire et ce qui ne l'est pas,
dans notre pays, n'a rien à voir avec le vrai et le faux.

Bruno Guigue est diplômé de l'Ecole normale supérieure et de l'ENA et
l'auteur du livre 'Proche-Orient : la guerre des mots', L'Harmattan,
2003.
http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-04-28%2014:16:07&log=invites

28.4.08

Soral

Pour le droit au blasphème


Monsieur Le Pen a tort, la chambre à Gaz n'est pas un détail.
Monsieur Le Pen a profondément tort, la chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c'est même aujourd'hui, plus qu'hier encore, la religion, le dogme autour duquel tourne toute l'époque contemporaine.
Dans l'ordre du sacrifice fondateur, la chambre à gaz a remplacé la croix du christ.

Pourtant, ou justement pour ça, au nom du droit à la libre pensée face à ceux qui croient et veulent nous obliger à croire, je réclame le droit, pour Jean-Marie Le Pen, de considérer la chambre à gaz comme « un point de détail de la seconde guerre mondiale », comme tant d'autres se donnent le droit de chier sur la croix.
Que ce soit celle d'hier ou d'aujourd'hui, le citoyen libre se doit de lutter contre toutes les inquisitions et leurs cortèges sanglants de bûchers et d'abjurations. Nous, européens, n'avons pas mis trois siècles à nous émanciper du pouvoir temporel du Pape pour en arriver là !

Aujourd'hui, dans ce climat de judéomanie délirante - une judéomanie délirante et suspecte qui tient plus de l'esprit de la Collaboration que du combat pour le bien et l'amour des hommes - plus les souffrances de la guerre s'éloignent, plus c'est la seconde guerre mondiale toute entière qui devient un détail de la chambre à gaz !
50 millions de morts, russes, communistes, polonais, anglais, américains, civils, résistants, japonais et mêmes allemands et, parmi eux, 500 mille morts Français, ce n'est presque plus rien face à la chambre à gaz, ou aux 28 mille enfants juifs que certains voudraient faire assumer pour l'éternité aux écoliers de France innocents.

Dans ma famille de Résistants savoyards où la guerre nous a coûté six morts et la ruine - comme elle coûta son père au petit Jean-Marie -, nous avons nous aussi sauvé des vies ; seulement c'était des Espagnols. Il faut dire qu'en ce temps là si on sauvait des juifs, on ne le faisait pas pour sauver le peuple élu mais pour sauver des êtres humains tout court, menacés par la méchanceté et la violence des hommes... À l'époque, on ignorait que 60 ans plus tard ne seraient plus comptabilisés que les sauvés marqués d'une étoile, et que sur le marché des Justes, ça ne vaudrait plus rien les Espagnols !
De vous à moi, combien cette relecture de la seconde guerre mondiale, cette réécriture théo-différentialiste, à la limite de l'inégalité raciale, va-t-elle encore durer ?
Combien de temps encore la Mémoire va-t-elle empêcher l'Histoire ?
Au moment du Darfour, de la Palestine, de l'Irak, du Tibet... n'y a-t-il pas d'autres combats à mener pour le salut des hommes ? De massacres, de génocides, d'ethnocides à condamner, à empêcher ?
Au moment où la montée en puissance de l'Inde et de la Chine est sur le point de remettre en cause le leadership de notre confortable et dominateur monde post-méditerranéen, les querelles intra-monothéistes sont-elle vraiment notre priorité ?

Qui aura le courage de dire, dans cet inquiétant climat de lynchage pour une petite phrase réitérée dans un obscur follicule breton, que le problème ce n'est pas le détail de Jean-Marie Le Pen. Une petite phrase plus taquine que méchante qui lui a déjà coûté 120 briques (et à ce prix là, on peut comprendre que le peu dispendieux Le Pen ait envie de l'utiliser deux fois). Une petite phrase inattaquable - dois-je le rappeler ? - aux Etats unis d'Amérique, qui ne sont pourtant pas le pays de l'antisémitisme, parce que là-bas le 1er amendement garantit à tous, et pas seulement à Finkielkraut et ses sorties sur les « antillais qui filent un mauvais coton » ou « l'équipe de France black-black-black qui serait la risée de l'Europe », la liberté de pensée et d'opinion...
Qui aura le courage, à l'heure où même ses supposés proches : identitaires jaloux et autres apparatchiks en embuscade se désolidarisent du vieux chef comme on se détourne d'un pestiféré, que le problème ce n'est pas le « détail » mais la loi Gayssot ?
Cette loi d'exception contraire à tous les principes démocratiques et républicains, de l'aveu même de tous les politiques et historiens qui comptent, de Simone Veil à feux Vidal-Naquet...
Une loi d'exception qui, en instituant par le délit l'Histoire officielle, interdit toute recherche historique et l'Histoire. Dubito ergo sum res cogitans... Nous savons pourtant bien, dans ce pays qui vit naître Descartes, qu'en interdisant le doute, c'est la pensée qu'on interdit.
Loi inique, de surcroît fratricide, puisqu'en inaugurant la concurrence des mémoires - et par la jurisprudence dont se réclament déjà les arméniens, les africains, les maghrébins, en attendant les vendéens et les gays... -, elle incite au communautarise victimaire généralisé, tuant la fraternité française et son universalisme républicain...
Trois siècles de haute philosophie, deux siècles de sécularisation du religieux et un siècle de séparation des Eglises et de l'Etat pour en arriver là ? À ce retour en douce d'une Inquisition qui ne dit pas son nom ? Qui criminalise la dissidence, l'insoumission, le relativisme, le décalage, l'ironie... obligeant le rebelle à l'abjuration sous peine de ruine et de prison ?

Devant l'ignoble lynchage des bien pensants et les discrets lâchages, moi le libre penseur, pour rester du côté des opprimés et des faibles dont le sort change avec l'Histoire, j'affirme mon soutien à Le Pen le relaps ; relaps comme Jeanne d'Arc et Giordano Bruno... Par principe, au nom du droit à la liberté jusqu'à la mal-pensance, au nom du petit doigt d'honneur levé devant les puissants botteurs de dèrches et ses cohortes de lèches culs, de faux culs, j'affirme mon soutien à l'insoumis.
Car ma peur, ma vraie peur, ce ne sont pas les provocations ou les lubies d'un vieil homme, mais la peur bien plus grande de voir ce pays sombrer chaque jour plus bas dans l'obscurantisme totalitaire.
Un pays de soi-disant culture et de liberté où la horde des veules, faux courageux, vrais tartuffes et autres pétaino-gaullistes éternellement dans le sens du vent se réjouissent déjà, à l'unisson, au nom bien sur de la démocratie du bon et du bien, que le pays de Voltaire se promette de jeter demain en prison un vieux monsieur de 80 ans parce qu'il refuse de se dédire, parce que têtu jusqu'à la déraison, il refuse de baisser la tête et de faire comme un chien, à coups de pieds au cul comme eux tous, là où on lui dit de faire...

En tant qu'intellectuel français dissident, moi, Alain Soral, qui ne bénéficie même pas des soutiens d'un Soljenitsyne du temps de sa splendeur dans le Vermont (va savoir pourquoi ça s'est gâté depuis), par ce simple texte, je réclame haut et fort, face aux désapprobations tonitruantes et aux silences gênés, le droit au blasphème pour tous, pas seulement pour Houellebecq ou Philippe Val de Charlie Hebdo...
Et, au nom de ce droit sacré en terre laïque, malgré tout ce qui nous sépare : âge, parcours, origine politique..., je veux rendre hommage à un grand résistant. Pas un rentier de la Résistance à francisque. Un résistant à cette démocratie totalitaire qui tue la liberté, l'esprit d'indépendance, le sens de l'honneur et de la fidélité. Un résistant à cette République qui, à coup de devoir de mémoire forcé, de repentance obligatoire et autres criminalisations des automobilistes et des fumeurs, transforme peu à peu l'esprit français en catéchisme et le peuple français en bétail.

C'est, en somme, parce que je sais que l'affaire du détail est tout sauf un détail, que je réclame, pour Jean-Marie Le Pen, le droit de se tromper et le droit au détail!

Vive la France libre !

Alain SORAL