12.11.07

Finkielkraut

Je m'amuse beaucoup à relever les contradictions de Finkielkraut. Bon
exercice pour vérifier qu'on est encore capable de penser logiquement
(même si ça devient vraiment trop facile avec l'habitude). Judith
Bernard m'y aide aujourd'hui, parlant des idéologèmes à l'oeuvre dans
le débat sur l'éducation chez Ockrent:

"Ça a commencé quand Finkielkraut a fait un tout petit pas de côté
pour commenter les blocages de facs qui se multiplient et tentent de
faire le pont avec d'autres mobilisations en cours : mouvement «
pathétique » et « odieux », selon lui, révélant le « gâtisme » et la «
sénilité » de ces étudiants militants - « c'est ça le rêve
d'émancipation ? se gausse-t-il, être solidaire des cheminots qui
défendent non pas l'égalité mais leur statut ? » (le mot « statut »
prononcé comme un gros mot, une infamie, comme si ça voulait dire par
exemple, « privilège honteux »). Cette dénonciation du « vieillisme »
des jeunes lorsqu'ils s'associent à la défense des acquis sociaux
repose sur un idéologème très classique: c'est l'idéologème qui
postule que « défense des acquis sociaux » = « immobilisme,
conservatisme, archaïsme, passéisme». Idéologème classique certes,
mais néanmoins inattendu dans l'univers argumentatif de Finkielkraut,
qui vante depuis si longtemps les vertus du passé contre les fantasmes
d'un progressisme triomphant, et récuse avec une véhémence poussée
jusqu'à la caricature la modernité décomplexée quand il s'agit de
culture… C'est ça qui est amusant avec les idéologèmes : comme ils
procèdent pratiquement de l'inconscient politique d'un locuteur, ils
peuvent, à la manière d'un lapsus ou d'un acte manqué, entrer en
légère contradiction avec son discours « officiel »"
(http://arretsurimages.net/post/2007/11/12/Reformes-dans-lEducation-%3A)

Au fait... "Répliques" samedi était un joli exercice d'équilibristes
(original Michéa, banal Raynaud) faisant semblant de débattre autour
du mot "libéralisme", en variant les sens, pour permettre à chaque
fois à A.F de dégager l'interprétation la plus réactionnaire. Sur
l'exemple des Etats-Unis, vive la liberté tant qu'elle permet la
conservation, mais critiquons-la quand elle enfreint la philosophaille
juive (Jonas, Levinas, Arendt) que A.F. ressort à chaque fois. On
connait l'équivalent pour la "démocratie": adulée quand elle permet de
contester un retour à l'hegelianisme (que représentent, à mes yeux,
tous ceux que BHL appellent les antisémites), à l'universalisme, et à
maintenir au pouvoir la clique actuelle par les vertus de la "sagesse
du système représentatif"; critiquée quand on veut lui faire jouer un
autre rôle.